Référence :25854

L'esclavage à l'île Bourbon

[ILE BOURBON]

(titre au dos de la reliure). Manuscrit. S.l.n.d., [vers 1825], 2 parties en 1 volume petit in-folio (31,2 x 20,5 cm) comprenant 2 cahiers numérotés 3 et 4 pour la première partie et 7 ff. numérotés 7 à 12 et 14, 2 ff.n.ch. pour la seconde, soit 26 pp. manuscrites au total, avec ratures et corrections, cartonnage moderne brun-rouge, pièce de titre de chagrin noir . Fragment d'un manuscrit plus important consacré à l'esclavage sur l'île Bourbon (La Réunion). Probablement destiné à une publication, il a été rédigé par un habitant de l'île ayant une bonne connaissance des mécanismes de la traite et de la pratique de l'esclavage. À cette époque, la traite des Noirs, interdite depuis 1817 par une ordonnance royale, continuait d'exister dans les colonies françaises; elle ne sera véritablement réprimée qu'à partir de la fin des années 1820. La première partie (8 pp.) traite du marronnage des esclaves, des punitions, des travaux imposés aux femmes enceintes ou qui viennent d'accoucher, de l'appartenance des enfants au maître de la mère, du coût d'un esclave né sur place par rapport à celui d'un esclave importé dans la colonie, du système d'imposition des planteurs basé sur les "têtes d'esclaves", du mariage entre les esclaves, pratiquement impossible tant qu'ils ne seront pas émancipés, le mari et la femme appartenant le plus souvent à deux maîtres différents, d'une prime que le gouvernement pourrait attribuer aux propriétaires qui élèveraient le plus d'enfants, de l'affranchissement que l'on pourrait accorder aux femmes ayant mis au moins six enfants au monde, etc. Dans la seconde partie (18 pp.), l'auteur étudie la population esclave. Il souligne d'abord la difficulté d'évaluer cette dernière, malgré l'obligation faite aux colons de déclarer annuellement le nombre et les mouvements de leurs esclaves, sachant que ces déclarations, qui doivent servir de base aux contributions, sont volontairement minorées : "L'administration avait connaissance de cette fraude, mais il lui eut été difficile d'en acquérir la preuve légale et de la réprimer… il eut été très impolitique de pousser les recherches inquisitoriales à ce sujet, au point d'appeler des esclaves en témoignage contre les maîtres…" (p. 11). Il constate que seuls les esclaves travaillent la terre pour le compte d'un propriétaire, les blancs et les créoles ne la travaillant que pour leur propre compte. Il est ensuite question de la traite des esclaves : "Les esclaves introduits dans l'île de Bourbon y sont amenés de la côte est de l'Afrique, de l'île de Madagascar, et de la côte ouest de la presqu'île de l'Inde appelée côte Malabar. Les Nègres proprement dits, ou les Africains sont vendus par des marchands d'esclaves qui vont les chercher dans l'intérieur. [Ils] les vendent ensuite aux Européens s'il se trouve des bâtiments sur la côte, ou les livrent à Mozambique et à Zanzibar aux Portugais et aux Arabes. Ceux-ci gardent le meilleur pour leur usage et revendent le surplus quand l'occasion se présente… Afin d'en tirer le meilleur parti… ils les menacent de les vendre aux Européens en leur assurant que les Blancs ne les achètent que pour les tuer et les manger. Lorsque ces malheureux sont à bord des bâtiments destinés à les transporter dans les colonies, la crainte qui leur a été inspirée par les Arabes les porte à se révolter… " (pp. 17-18). L'auteur ajoute : "J'ai connu un commerçant dont le bâtiment pouvait porter quatre cents esclaves, et qui a fait plusieurs voyages de traite sans être obligé de mettre ses Nègres aux fers. Dans l'un de ses voyages, sur 407 esclaves embarqués à la côte d'Afrique, il n'en a perdu que 4 et la traversée avait été de près de trois mois. Cet avantage était dû à un seul homme, esclave lui-même, mais de race arabe et qui servait comme domestique. Les Nègres rassurés par cet homme de leur couleur avaient en lui la plus grande confiance [et] ne songeaient pas à se révolter… Cet Arabe était fils d'un prince des îles d'Anjouan, il avait été fait prisonnier par les Madécasses et vendu par eux comme esclave…" (p. 18). La suite est consacrée aux Madécasses, qui font des incursions aux Comores pour y prendre des esclaves, aux Indiens, qui sont enlevés à la côte Malabar, et aux Cafres, qui proviennent de la côte d'Afrique pour être vendus à Madagascar : "On amène [les Cafres] sur des bâtiments qui n'ont que le canal Mozambique à traverser… Pour se rendre de l'endroit où ils ont été débarqués, dans les établissements de la côte est dont Foulpointe et Tamatave sont les plus considérables pour le commerce, ils traversent à pied et sans chaînes l'île de Madagascar…" (p. 20). Il conclut : "Dans l'état actuel des colonies françaises, on ne peut compter, pour la culture des terres et les travaux qui en dépendent, que sur la population esclave" (p. 22). Enfin, l'auteur étudie l'évolution prévisionnelle de cette population : partant d'un total de 95000 esclaves en 1822, il arrive, par un calcul, à 27622 quinze ans plus tard; en utilisant la table de mortalité de Duvillard, il parvient à un résultat différent (pp. 23-26). Ce manuscrit est contemporain de l'ouvrage de Pierre Philippe Thomas intitulé : Essai de statistique de l'île de Bourbon, Paris, 1828, 2 vol. in-8, qui obtint le prix de statistique décerné par l'Académie royale des sciences (Ryckebusch, 7777), mais la rédaction est très différente. Précieux témoignage sur la pratique de la traite et l'esclavage à l'île Bourbon .

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