Référence :21361

Lettre autographe signée à son frère François, associé correspondant de l'Institut de France

POUQUEVILLE Hugues

Patras 1821 2 pp.1/2 in-folio (28,2 x 18,8 cm) adresse, cachet de cire rouge, qq. mouillures, fentes de désinfection, conservées dans un étui-chemise demi-veau marron à l'imitation, dos lisse orné, pièce de titre en long rouge

Émouvante lettre sur les événements de Patras.Frère du célèbre historien et écrivain philhellène François Pouqueville (1770-1838), Hugues Pouqueville entre dans la carrière diplomatique en 1807, devenant successivement chancelier du consulat de Janina (Epire), puis vice-consul à Prevesa et ensuite à l'Arta. Nommé consul à Patras (nord du Péloponnèse), il rejoint son poste en décembre 1820 et, l'année suivante, il est témoin des troubles qui secouent la ville:"Mon cher, mon bon frère, Dieu ne m'a pas abandonné. C'est à lui, n'en doutons point, que je dois la vie qu'on a voulu me ravir, et la réputation que je me suis faite. Patras l'opulente, Patras n'existe plus ! Quatre maisons consulaires et quelques cabanes, voilà ce qui reste d'une ville qui dans dix ans aurait été placée à côté de Smyrne.Tout est perdu, tout nage dans le sang ! La Morée, l'infortunée Morée n'est plus qu'un théâtre d'horreurs. Je puis mourir maintenant, notre nom sera immortel dans la Grèce. J'ai défendu depuis le 4, j'ai sauvé plus de deux cents victimes vouées à la mort et dans quel moment ? Lorsque les sujets du Roi unis à quelques scélérats à qui j'avais donné l'hospitalité se révoltaient contre moi et voulaient m'assassiner ! L'heure des dangers est passée, la crise n'est cependant pas encore terminée, il s'en faut beaucoup. Depuis le 4 avril, je n'ai pas quitté mon habit d'uniforme".En plus de l'aide apportée aux victimes, le consul doit entretenir une garde nombreuse, ce qui lui occasionne des frais importants. N'ayant plus de fonds disponibles chez son banquier, M. Hérard, il a dû tirer une lettre de change de huit mille francs sur le ministre des Affaires étrangères: "Si l'on trouvait cette démarche extraordinaire, il faudra représenter la situation dans laquelle je me trouve […]. Vois Mgr de Richelieu [le Président du Conseil], vois notre ministre, et dis-leur que depuis le 4 avril j'ai nourri et sauvé plus de 200 personnes"."Je n'écris point au ministre parce que je n'ai pas la tête assez tranquille. Tous les négociants français ont beaucoup perdu. Baric est dans la liste des malheureux. M. Mertrud est ruiné. Excepté mes gros meubles, j'ai tout perdu […]. Acmet Denn vient d'arriver avec un corps d'Albanais. Il s'est rendu sur le champ au consulat et m'a offert tout ce qu'un homme peut offrir. C'est le premier Turc que j'ai trouvé reconnaissant. Je lui ai fait présent d'une belle lunette d'approche, c'est le moment d'être généreux". "P.S. A l'instant sept bourreaux viennent me demander un bachis pour avoir coupé les têtes des chrétiens ! … A la tête des scélérats qui ont menacé de m'assassiner se trouvaient Malberti, corse, un autre corse qui a déchiré sa cocarde et un certain Aninot, médecin piémontais !". Sur l'adresse de la lettre, le numéro "2" indique que celle-ci est envoyée en duplicata.Important témoignage de l'action du consul de France lors des troubles de Patras

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