Très rare édition incunable parisienne de la "Légende dorée"

JACOBUS DE VORAGINE. [LEGENDA AUREA]. Incipit prologus super legenda santorum // quas compilavit frater Iacobus ianuensis // natione de ordine fratrum predicatorum... In fine : Tabula continens fere omnia notabilia legende au // ree desinit feliciter. pulchre transcripta parisius p // Martinum chrancz, Udalricu gering, et Micha- // elem friburger impressorie artis magistros.
Paris, Ulrich Gering, Martin Cranz, Michael Friburger, [vers 1476],
in-folio, plein veau blond, dos à nerfs, caissons ornés de fleurons, pièces de titre de maroquin rouge, triple filet en encadrement sur les plats, dent. int., filets sur les coupes, tr. marbrées [Rel. du XVIIIe siècle], faible mouill. à l'initiale rehaussée, lég. rouss. dans la marge de qq. ff., sans le dernier f. blanc.

292 ff.n.ch. sans signatures. Les ff [1], [282] et [292] sont blancs. Le dernier feuillet blanc manque à notre exemplaire. Composition sur deux colonnes, caractères gothiques, 44-48 lignes. Au début du texte, au f. [2], grande initiale miniaturée peinte en bleu et en rouge et rehaussée d'or avec ornements ; rubriques, capitales calligraphiées en rouge ou en bleu.
Copinger 6394 : ne cite qu'un seul exemplaire (Univ. Libr., Cambridge). Pellechet 6455 (6431). Claudin I, 79-81. Bibliothèque Nationale, "Catalogue des incunables", tome II, fasc. 1, J.66 : exemplaire incomplet des trois feuillets blancs. Manque à Goff qui cite, à la cote J.83 (Copinger 6409), une autre édition parisienne de ce texte, par les mêmes imprimeurs, datée du 1er sept. 1475 (un seul exemplaire : Henry E. Huntington Library, San Marino, California).
RARISSIME ÉDITION INCUNABLE DE LA "LÉGENDE DORÉE".
Elle a été imprimée par les trois premiers typographes de Paris : Ulrich Gering (de Constance), Michel Friburger (de Colmar) et Martin Crantz (de Strasbourg). Ces trois imprimeurs étaient venus s'établir dans la capitale à la requête de l'Université et avaient organisé leur premier atelier dans les bâtiments de la Sorbonne, avant de s'installer rue Saint-Jacques à l'enseigne du Soleil d'Or où ils publièrent une trentaine d'ouvrages.
Jacques dit "de Voragine", natif de Varazze en Italie du Nord, entra dans l'ordre de Saint Dominique puis devint archevêque de Gênes, ville où il mourut en 1298. "La Legenda sanctorum alias Lombardica hystoria fut composée vers 1261-1266 et s'inscrit dans la tradition latine déjà installée au XIIIe siècle des "légendiers", c'est-à-dire des recueils de textes courts destinés aux fidèles chrétiens et relatant la vie des saints ou résumant le sens des fêtes liturgiques qui se succèdent chaque jour de l'année. Le mot de légende n'a pas le sens moderne de récit fabuleux mais l'acception latine de texte "à lire" au cours des offices religieux. Pour les ordres nouveaux fondés au XIIIe siècle (...) il s'agit de mettre à la portée des laïcs des textes brefs, au sens facile à retenir, capables enfin d'alimenter un imaginaire orienté vers la recherche d'une vie conforme à l'Evangile (...) L'originalité de la Légende dorée par rapport aux légendiers qui l'ont précédée tient aussi à son plan : avec un souci didactique évident, le pieux archevêque a voulu conduire le fidèle, comme par la main, tout au long de l'année liturgique, depuis le premier dimanche de l'Avent, en suivant l'ordre du calendrier (...) Les sources de la Légende dorée sont très nombreuses ; l'auteur, en homme du Moyen Age, ne les cite pas le plus souvent. Il fait mieux. On a longtemps considéré son oeuvre comme une simple compilation. En réalité, puisant à toutes les sources dont il pouvait disposer en son temps, (...) il crée une oeuvre neuve qui nourrit des générations d'hommes et de femmes, jusqu'à la fin du Moyen Age et dans toute l'Europe. En effet, le texte latin, copié très vite en plus de mille manuscrits, fut traduit dans toutes les langues de l'Occident et connut en outre de multiples additions. Il fut non seulement l'un des textes les plus copiés au Moyen Age mais à partir du XVe siècle en France le premier imprimé, souvent avant la Bible. Au XVIe siècle, des critiques de plus en plus vives se font entendre chez les catholiques comme chez les réformés : la dévotion aux saints tient plus de la superstition que de la piété véritable due à Dieu seul. Néanmoins, la fortune de la Légende dorée perdure, on en trouve des traces dans la fameuse Bibliothèque bleue ; elle a réellement atteint son but en devenant tout à fait populaire". Cf. Dict. des lettres françaises, Le Moyen Age, nouv. éd., 1992, pp. 924-925.
Très bel exemplaire, grand de marges, bien relié au XVIIIe siècle.