Exceptionnel "isolario" manuscrit du XVIIe siècle, portulan des îles méditerranéennes

ILES DE LA MEDITERRANEE - MANUSCRIT. ISOLLARIO DEL MEDITERANEO ET COLPHO DI VENETIA [titre à l'encre sur le plat sup. de la reliure].
S.l. [Venise], S.n., vers 1645-75,
petit in-4 (15 x 21 cm), vélin ivoire de l'époque, plat sup. à rabats orné de filets à froid entrecroisés et du titre à l'encre, traces de lacets ; sur le premier contreplat : grand blason dessiné à l'encre (lion rampant avec fasce horizontale et monogramme MG) ; le plat inf., manquant, a été anciennement remplacé par une feuille de vélin avec écriture manuscrite du XVe siècle ; conservé dans une boîte mod. demi-chagrin rouge.

Manuscrit sur papier vergé rédigé en italien, encre bistre, écriture cursive très lisible, 4 ff.n.ch. et 36 ff.ch., env. 27 lignes par page. L'illustration comporte 37 cartes finement exécutées à la plume représentant des îles de la Méditerranée, dont 3 sur double page (Sicile, Crète, Chypre), 10 pleine page et 24 à mi-page. Le verso du dernier feuillet contient des comptes manuscrits.
Voir Atabey 136 pour un "isolario" gravé à Venise par Marco Boschini en 1651. Voir aussi E. Clutton, "Some seventeenth century images of Crete : a comparative analysis of the manuscript maps of Francesco Basilicata and the printed maps by Marco Boschini", in : Imago Mundi, 34 (1982), pp. 48-65 (cité par Leonora Navari, in : Atabey, loc. cit.).
RARISSIME "ISOLARIO" MÉDITERRANÉEN DU XVIIE SIÈCLE, MANUSCRIT ET INÉDIT.
Ce "livre des îles", calligraphié et illustré avec le plus grand soin, est l'oeuvre d'un très bon cartographe resté anonyme. Le papier, l'encre, la calligraphie, le graphisme et la mise en page indiquent que le manuscrit a été rédigé au milieu du XVIIe siècle.
L'auteur étudie les grandes et petites îles de la Méditerranée, dont les 37 très belles cartes montrent les profils, les reliefs et les principaux centres habités : Sardaigne, Majorque, Minorque, Corse, Ischia, Stromboli, Lipari, Elbe, Monte-Cristo, Ponza, Palmarola, Malte, Sicile, Meleda, Céphalonie, Zante, Corfou, Caprera, Sant'Andrea, Crète ("Candia"), Cérigo, Rhodes, Chypre, etc.
Le texte donne les coordonnées et la description sommaire des îles, indique les mouillages, les bas-fonds, les rochers, les distances entre les ports, et fournit un grand nombre d'informations utiles à la navigation. La configuration générale des îles doit beaucoup à la tradition iconographique en rapport avec le Liber Insularum de Cristoforo Buondelmonti (vers 1420).
IL S'AGIT D'UN OUVRAGE ORIGINAL, ET NON D'UNE COPIE RÉALISÉE D'APRÈS LES DIFFÉRENTS "ISOLARII" DU XVIE ET DU XVIIE SIÈCLE.
L'atlas appelé "isolario", sorte de guide illustré à l'intention des marins qui naviguaient dans les mers Méditerranée et Egée, fut introduit en Italie au XVe siècle. Notre manuscrit, d'une grande beauté, a été probablement exécuté pour servir de manuel de navigation pendant la guerre de Crète, conflit qui opposa pendant vingt-deux ans, entre 1647 et 1669, la république vénitienne à l'empire ottoman pour le contrôle stratégique de l'île. La défaite des Vénitiens le 26 septembre 1669, malgré la longue résistance de Morosini à Candie, marqua un tournant dans l'histoire de la présence de Venise en Méditerranée : "Crete had been her last major possession outside the Adriatic, and with its loss not only her power but even her effective presence in the eastern Mediterranean was dead forever". Cf. J.J. Norwich, A History of Venice, "The Cretan War", pp. 542-560.
Le premier possesseur du volume, non identifié, était sans doute un Vénitien de rang élevé, qui a peut-être participé aux campagnes en Méditerranée. On remarquera l'absence du lion de saint Marc sur la rose des vents ornant la carte de Crète, ce qui pourrait suggérer que le manuscrit a été rédigé après la défaite de Venise en 1669 (mais il ne faut pas exclure l'hypothèse d'un simple oubli de la part du cartographe). En 1651, le graveur vénitien Marco Boschini avait publié son Arcipelago, un "isolario" qui donnait la description des îles grecques et du théâtre de la guerre en cours depuis quelques années. L'ouvrage de Boschini était fort répandu : qu'un cartographe anonyme ait voulu le compléter et le mettre à jour prouve le haut degré d'intérêt porté par le commanditaire à l'évolution de la guerre, et renforce l'hypothèse de l'appartenance de cet "isolario" à un acteur du conflit.
SUPERBE MANUSCRIT, PARFAITEMENT CONSERVÉ.