Le premier traité de chirurgie imprimé en allemand. Il contient les premières notions sur les plaies dues aux armes à feu

[BRUNSCHWIG (Hieronymus)]. [DIS IST DAS BUCH DER CIRURGIA. Hantwirckung der wundartzny].
Strasbourg, Johann Grüninger, dienstag nach Sant Peter und Paul [4 juillet], 1397 [pour 1497],
petit in-folio, vélin à recouvrement, pièce de titre manuscrite [Rel. de l'époque].

6 ff.n.ch. (la page de titre a été soigneusement refaite en fac-simile et coloriée), ff. IX à CXXVIII (i.e. 126 ff.ch.), 61 gravures sur bois dans le texte, certaines répétées, dont 60 coloriées à l'époque.
Gesamtkatalog 5593. Sudhoff 54. Goff B. 1225. Manque au British Museum.
Edition originale du premier traité de chirurgie imprimé en allemand.
S'adressant aux maîtres chirurgiens et à leurs aides et aussi aux chirurgiens isolés dans les villages et les châteaux, et visant plus à être un manuel qu'un ouvrage scientifique, ce livre est divisé en sept traités qui décrivent les plaies, les fractures, les luxations et les antidotes. On y trouve même pour la première fois des notions sur les plaies par les armes à feu. Il a surtout l'intérêt de présenter des figures d'instruments et des scènes pittoresques qui nous font voir le médecin au chevet du malade, le chirurgien en face de blessés atteints de fractures graves, l'apothicaire dans sa pharmacie, nous donnant ainsi une image inestimable des conditions de l'art médical et chirurgical au XVe siècle.
Strasbourg brillait alors par la qualité de ses imprimeurs dont maître Jean Grüninger était peut-être le plus important. La ville était en même temps un centre florissant d'études scientifiques. Aussi de l'officine de Grüninger à partir de 1482 sortaient sans arrêt livres en langue vulgaire, ouvrages de médecine et de chirurgie, aussi bien que romans et légendes : Grüninger se plaisait à les habiller de gravures sur bois moins pour aider à la démonstration que par goût d'orner ses livres. C'est pourquoi les gravures de la Chirurgie de Brunschwig ont un intérêt au moins aussi grand au point de vue de la décoration intérieure et de l'histoire du costume qu'au de vue chirurgical proprement dit. On éprouve un réel plaisir à regarder ces quarante-neuf belles figures sur bois aux lignes pleines, ombrées, à l'air délicieusement archaïque, si différentes comme style des gravures du "Fascicules medicinae".
Après l'inévitable saint Sébastien chirurgical, transpercé de pieux, de flèches et de casse-tête, qui ouvre le volume, les scènes se succèdent : oeuvre d'un artiste inconnu, elles comprennent dix-huit bois différents, mais répétés plusieurs fois et combinés souvent l'un avec l'autre de façon à obtenir un nombre total de quarante-huit illustrations. Dans une des gravures les plus connues, un apothicaire, de sa baguette, désigne les pots placés sur une étagère, pots portant chacun un signe particulier qui permet de reconnaître immédiatement le produit qu'ils contiennent. Nous essayerons de décrire d'autres gravures. Voici dans une jolie chambre, près du lit baldaquin, un homme étendu à terre, les bras appuyés sur un coussin, la jambe brisée allongée sur deux tréteaux de bois. Trois personnages en robe longue le regardent, tandis que l'aide chirurgien en chausses rayées collantes appuie son pied sur la jambe pour réduire la fracture. Les mêmes trois personnages se retrouvent sur une autre planche où le malade assis, une plaie béante à l'abodmen, est toujours soigné par l'aide chirurgien agenouillé. Ici, devant une fenêtre ouverte laissant apercevoir les maisons de la rue, le garçon apothicaire, vêtu du même costume rayé, procède à la confection d'un électuaire dans un petit chaudron posé sur la cheminée ; derrière lui un médecin tient un pot à la main. Ailleurs, dans un jardin ceint de murs, au milieu d'une campagne vallonnée où apparaissent au loin les tours d'une église, un blessé, assis sur un tabouret, tend sa jambe encore enlacée par le serpent venimeux qui vient de la piquer, à trois hommes empressés autour de lui ; un petit chien suit la scène d'un oeil attentif. Une des planches qui se remarque le moins et qui, au point de vue technique, présente pourtant un intérêt considérable, nous offre la représentation d'un meuble chirurgical garni d'instruments suspendus autour de la table ou posés sur elle. On y trouve des perforatrices, des speculum, des pinces, des rasoirs, des ciseaux, des seringues, scies, maillets, tire-balles, trousses, etc. [Dr. Hahn, "Histoire de la Médecine et du livre médical"].